Mostra internazionale d’arte cinematografica La Biennale di Venezia 30 août – 9 septembre 2017

J’ai le goût de vous transmettre mes impressions, l’ambiance de la Mostra de Venise, car je regrette toujours que le Festival de Cannes (créé en 1946) soit surmédiatisé dans l’hexagone et que l’on néglige d’autres manifestations cinématographiques telles que la Berlinale (créée en 1981) et la Mostra. A peine en connaît-on les films primés qui sont distribués (ou non) très tardivement..

La Mostra est le plus ancien festival international (2017- 74ème édition).. Fondé sous le fascisme en août 1932 et qui se déroule depuis sur le Lido et toujours intégré à la Biennale d’art contemporain. La 1ère édition a inauguré l’esprit d’ouverture à toutes les cinématographies (ex : Amour défendu de Capra, A nous la liberté de René Clair, Le champion de King Vidor). Les acteurs invités ont assuré le succès avec 25 000 spectateurs (Garbo, Clark Gable, Joan Crawford, Vittorio De Sica…). 1936 ; 1ère année d’un Jury international. 1937 : inauguration du Palais du cinéma. Augmentation du nombre de films et des pays invités. Jean Gabin, jeune dans La grande illusion, est lauréat du Jury. 1938 : 1ère grande rétrospective du cinéma français des origines à 1933. Aléas de l’Histoire (1940-1941-1942…), il faut attendre 1950 pour que le Festival reprenne sa place dans le contexte international. Recherche constante de nouvelles cinématographies : – Lancement du cinéma japonais (1951 : Roshomon de Akira Kuroshawa, Lion d’Or, 1954, Lion d’Argent à Les 7 samouraïs – Le jeune cinéma indien (1957 ; Lion d’Or à L’invaincu de Satyajit Ray

La Mostra a toujours été un lieu de découverte de jeunes talents étrangers et italiens (ex : 1959, Bergman inconnu reçoit le Grand Prix du Jury avec Le visage) et aussi de polémiques (1958, Louis Malle présente Les amants et reçoit le Prix Spécial, en 1988, Almodovar est découvert avec Un poisson nommé Wanda, en 2003, Lion d’Or et Lion du futur au débutant Andrei Zviaguintsev pour Le retour). Bien souvent, protestations lorsque les films italiens (Visconti, Fellini, Rossellini, Antonioni…) n’étaient pas récompensés. J’ai connu Cannes en 1994 pendant 3 ans et je l’ai quitté à cause de son formalisme. Dès 2004, la direction de Marco Muller a donné une grande visibilité au Cinéma asiatique.

Venise, j’en aime l’audace des programmations, la jeunesse du public, l’ouverture à tous ceux qui aiment le cinéma, l’énergie contestataire dans les salles ou à l’extérieur. Depuis 3 ou 4 ans, l’ambiance change : rares sifflets (2017 : Mother de Aronofsky ; trop, c’est trop dans le chaos – beaucoup d’argent dépensé pour dire peu de choses !) ; disparus les tableaux (intitulés “Ridateci i soldi”/ « Rendez-nous l’argent ») où les festivaliers exprimaient quotidiennement leurs colères.

Cette année, pas de contestation du palmarès car il y a eu une parfaite concordance entre critiques, public et jury (chaque jour publication des “étoiles” attribuées par des critiques et des spectateurs sélectionnés. dans le quotidien de La Mostra). Depuis l’année dernière, une nouvelle salle “Cinema nel Giardino” accueille en priorité le public et affirme l‘ouverture aux non-professionnels (étudiants, associations culturelles peuvent être accrédités). Cette année, le festival était “blindato”, c’est à dire avec une présence massive policière et militaire.

Encore une fois, je dois avouer que, malgré les 20 films visionnés en 6 jours, je n’ai pas d’avis sur les films primés : – Lion d’Or, La forme de l’eau de Guillermo del Toro (USA), sortie 21 février 2018 – Lion d’Argent, Grand Prix du Jury, Foxtrott de Samuel Maoz (Israël), (Lion d’Or 2009 pour Lebanon), sortie prochaine – Lion d’Argent pour le meilleur réalisateur et Lion du futur pour le 1er film ; Jusqu’à la garde de Xavier Legrand (en avant-première aux Rencontres + sortie 7 février 2018) – Coppa Volpi (interprétation féminine) Charlotte Rampling dans Hannah de Andrea Pallaoro (Italie), sortie 24 janvier 2018 – Coppa Volpi (meilleur acteur), Kamel El Basha dans The insult de Ziad Doueiri (Liban), sortie prochaine – Le Jury de Orizzonti (présidé par Gianni Amelio) a récompensé comme meilleure actrice Lyna Khoudri dans Les bienheureux de Sofia Djama (avant-première aux Rencontres + sortie 13 décembre 2017)

J’explique de nouveau ma programmation toute personnelle face aux quelque 200 films d’une trentaine de pays proposés dans les diverses sections. Je ne donne pas la priorité aux films de la Compétition et aux films français. J’ai visionné cependant et détesté Mektoub, mon amour de Kechiche (seul film que j’ai abandonné) : un scénario faible qui s’étire sur 3 heures autour de scènes de drague, dans une musique qui rend inaudibles des dialogues sans intérêt. Sortie 29 novembre 2017 La villa de Guédiguian est un bon film empreint de mélancolie autour du concept d’un mode de vie ensemble pour une société future solidaire. Disparition d’un monde rêvé et apparition d’une autre exigence de solidarité avec l’arrivée d’enfants migrants échoués dans les calanques (Avant-première aux Rencontres + sortie 29 novembre 2017).

Mes choix sont faits en fonction : 1) du pays 2) du réalisateur 3) de la difficulté du film à être distribué Paolo Virzi avec The leisure seeker (sortie 3 janvier 2018 sous le titre L’échappée belle) a suscité beaucoup d’émotion autour d’un couple âgé (elle atteinte d’un cancer, lui de la maladie d’Alzheimer). Ils partent, en cachette, sur les routes américaines dans le camping-car de leur jeunesse, retrouver des lieux où ils ont été heureux. Un film plein de sensibilité sur le désir de vivre, servi par d’excellents acteurs : Helen Mirren et Donald Sutherland. Virzi confirme la capacité des réalisateurs italiens à donner une dimension comique au tragique de la réalité.

Dans le même registre d’humanité, je défendrai Victoria et Abdul, Confident royal (sortie 4 octobre 2017) de Stephen Frears. J’entends déjà les critiques le qualifier de film mineur mais je l’ai aimé pour la dimension humaine de cette vieille souveraine autoritaire qui, en compagnie du serviteur indien Abdul, découvre un monde inconnu (son Empire des Indes) en contraste avec l’étouffant rituel et les intrigues de la Cour dont Frears se moque. Il y a une certaine naïveté de cette femme autoritaire de s’abandonner à l’amitié d’un subalterne étranger qui lui ouvre la culture de millions de sujets indiens. Un film plein de charme entre réalité de l’Histoire, fable et critique tendre. Une Judi Dench inoubliable.

L’Italie du sud était très présente avec son énergie et sa fantaisie : De Naples, 2 films “musicals” : – Ammore e malavita (Compétition) des frères Manetti. Sortie prochaine Un thriller qui tient de la réalité sociale de la Camorra mais aussi de la capacité d’aimer même pour le killer habitué, dès l’enfance, à tuer sur ordre. Fatima, jeune infirmière doit être exécutée mais elle a été le premier amour de Ciro. De là une fuite, avec des épisodes fantaisistes où amour et mort se côtoient, le tout rendu plus léger par la musique ou la chanson. Un OVNI comme seule Naples peut en produire. – La gatta cenerentola (Orizzonti compétition), tiré d’un conte populaire du 17ème de Basile, auteur napolitain, est un film d’animation musical atypique par un groupe de réalisateurs “L’arte della felicità”. Deux films chaleureusement applaudis par des supporters enthousiastes d’une présence méridionale dans la sélection officielle.

Comme autre preuve d’un cinéma créateur, le film de Eduardo Winspeare, La vita in comune (Orizzonti compétition), tourné dans les Pouilles : Une petite ville inactive appelée “Disperata” où tous s’ennuient, un maire dépressif qui tente des solutions face à un Conseil bavard et inefficace. Un délinquant qui découvre la poésie en prison grâce à Filippo Pisanelli, le maire poète-philosophe, qui se sent mieux à donner des leçons de littérature aux détenus. Oisifs, délinquants, opposants rejoignent l’idée de faire revivre la ville dans un même amour de la beauté de leur côte sauvage. La dimension de fable transforme la réalité dramatique en comédie poétique genre dans lequel les Italiens excellent ; tous peuvent vivre ensemble en mettant en commun bonnes et mauvaise idées. Des personnages attachants, une grande énergie dans le scénario et mise en scène avec des acteurs non-professionnels.

Des films iraniens appartiennent en priorité à ma sélection : – Sans date, sans signature de Vahid Jalilvand (Prix Orizzonti pour meilleur réalisateur et meilleur acteur). Un scénario simple : Un docteur aux principes moraux solides renverse une famille en scooter, le garçon de 8 ans est blessé. Le docteur paie les frais et insiste auprès du père pour qu’il emmène l’enfant à la clinique proche. Le lendemain, l’enfant a été amené mais est mort d’un empoisonnement par nourriture. Qui est responsable ? Le docteur mène l’enquête. Le père de l’enfant tue celui qui a vendu des déchets avariés de poulets. Une autre face de Téhéran populaire ; l’humanité au coeur de la descente dans le conscient et inconscient de chaque personnage. Un film qu’il me sera difficile d’oublier.

La section “Venezia classici restauri”, c’est l’assurance de découverte de chefs d’oeuvre:
– L’intendant Sanshô de Mizoguichi (1954), magnifique noir et blanc, est parcouru par les paroles du gouverneur idéaliste à son fils : “Un homme n’est pas un être humain sans la compassion. Si tu es dur pour toi, aie de la compassion pour les autres”. – Non c’è pace tra gli ulivi de Giuseppe De Santis (1950). Film tourné dans un décor rural sauvage de montagne du Latium . De retour de la guerre, le jeune Francesco (Raf Vallone) veut récupérer ses bêtes volées par un berger qui s’est enrichi et s’impose aux bergers pauvres. Dans la lutte de Francesco pour obtenir justice, le film prend des accents de western mais il y a aussi une mise en scène chorale de tragédie grecque, car il y a autour de l’affrontement des deux protagonistes les mouvements protecteurs des paysans et paysannes ponctués de chants traditionnels ..

Une programmation générale 2017 somme toute jugée bonne par la critique et le public. Souhaitons à de nombreux films d’être distribués.

Odile Orsini

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