Film de Emiliano Torres – Argentine – drame –  1h 35 – sortie le 28/06/17

Primé 2 fois au Festival de San Sebastian 2016 :

–  Prix du jury de la meilleure photographie (Ramiro Civita)

– Prix spécial du jury

Voici un film dont la narration est superbement maîtrisée. Peu de dialogues mais on est intrigué, on se pose des questions qui ont leur réponse plus tard (sans doute pour respecter le rythme du film).

Ce film parle de solitude : rudesse du climat, paysages désertiques, univers asocial mais aussi désert affectif (le vieil Evans a coupé toute relation avec sa fille et ne connaît pas son petit-fils, Jara cache l’existence de sa femme enceinte et de son petit garçon pour avoir le poste et signer un contrat).

Ce film évoque aussi la place de chacun dans l’univers professionnel : prendre celle que l’on a choisie ou celle que l’on nous a octroyée?, la gagner ? refuser de la laisser ?

La rivalité entre les deux hommes, latente dès le début, puisque Jara est présenté à Evans comme son « second », monte très lentement jusqu’à son paroxysme. Toutefois, un parallèle s’établit entre les deux hommes : leur solitude affective, coupés tous deux de leur famille, leur lutte pour trouver place (Jara) ou la garder (Evans).

En dépit de la lenteur du déroulement de l’histoire, et du peu de dialogues on est pris par la beauté des images et l’intensité des regards.

Les paysages sont magnifiques et nous font découvrir la Patagonie argentine.

Beaucoup de plans fixes assez longs : vue d’en-haut de l’estancia, l’épave du bateau près du port où habite la fille d’Evans, les fins de jours, crépuscules jouant avec l’ombre et la lumière.

Sylviane Llobell

 Une autre approche de ce film.

Le vieil Evans a travaillé toute sa vie dans un ranch isolé en Patagonie. Rattrapé par son âge, il est renvoyé et remplacé par Jara, un homme plus jeune qui vient décrocher un contrat de travail pour faire venir sa famille à ses côtés.

Mais celui-ci a dû mal à gérer le ranch quand arrive la neige. Il tente de survivre dans des conditions difficiles.

Evans, qui a tenté de renouer avec sa fille, ne veut pas laisser sa vie d’avant derrière lui. Il tente d’effrayer Jara pour le faire partir. L’affrontement entre les deux hommes est inévitable…

Si vous aimez les grands espaces sauvages vous ne serez pas déçus. La steppe de Patagonie est le personnage central de ce film. Le travail photographique d’une grande qualité nous plonge dans cet univers rude, sans concession, où l’homme trouve péniblement sa place au prix d’un combat permanent pour tirer profit de ce que la nature lui offre comme moyen de subsistance.

Mais qu’à cela ne tienne, les 2 personnages ont chacun de bonnes raisons pour s’accrocher à cette terre, compagne de toute une vie pour l’un et source d’espoir pour l’autre.

On parle peu dans ce film, on s’observe, on se jauge, on tient sa place mais c’est bien de l’humain dont il est question, de son désir farouche à accéder à un avenir meilleur.

Un film superbe, émouvant dans la dureté de sa narration qui n’est pas sans rappeler le roman de Sandrine Colette « Il ne reste que la poussière ».

Catherine Vermorel

Spread the word. Share this post!

Leave A Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *