Emiliano Torres, ce nom ne vous dit peut-être rien car ce jeune réalisateur signe là son premier long métrage.
Toutefois, il fut premier assistant réalisateur du magnifique film d’Icíar Bollaín sorti en 2011, « Même la pluie », dans lequel une équipe de tournage se trouvait confrontée à la révolte des figurants locaux menacés de se voir privés d’eau dans leur village.
« Patagonia, el invierno » est une fiction fortement documentée. Le générique de début et la première séquence sont accompagnés par le bruit du vent, un vent incessant, impitoyable, entrecoupé seulement par des aboiements de chiens et le pas lourd du vieil Evans, le régisseur d’une immense estancia perdue au fin fond de la Patagonie profonde. A perte de vue, un paysage désolé, battu par les intempéries, où seuls des troupeaux de moutons peuvent brouter une herbe rase et clairsemée.
Au loin, la ligne vallonnée de collines pelées d’un côté, de l’autre, les sommets élevés des contreforts des Andes. Tout ici indique l’isolement, l’éloignement de toute civilisation. Seul dans une cuisine au décor sommaire, le vieil homme savoure son maté tout en écoutant à la radio les messages personnels au cas où quelqu’un se souviendrait de lui, on ne sait jamais !…

Emiliano Torres ne filme pas ici la Patagonie des cartes postales ! Bien loin le Fitz Roy, les glaciers et les manchots empereurs ! Nous sommes ici dans la Patagonie laborieuse et oubliée, celle des saisonniers qui arrivent, démunis de tout, séparés pour plusieurs semaines de leur famille, pour rassembler à dos de cheval les troupeaux de moutons qu’ils vont tondre puis emballer et charger la laine sur des camions avant de repartir, harassés par ces rudes journées de travail, vers des jours incertains et difficiles.
Jara, l’un de ces saisonniers, d’origine indienne, est sombre, peu bavard. Il passe ses rares moments de détente à sculpter un morceau de bois. A quoi (ou à qui) pense-t-il ? Il ne dit que l’essentiel, accomplit parfaitement son travail, c’est tout ! Toutes les qualités nécessaires pour remplacer Evans qui se fait vieux.
Noël se passe à l’estancia, un chant guarani s’élève et c’est un moment de grâce, un peu de répit au milieu de tant d’austérité.
Jara, petit point minuscule dans l’immensité blanchie par la neige fraîchement tombée, s’en va vers son destin.
Le spectateur de ce très beau film ne ressent pas un seul moment de lassitude. Pas de longueurs à déplorer, on passe rapidement d’une séquence à une autre. Pas de plans ou de dialogues inutiles, tout est fait pour servir l’action et soutenir l’intérêt du spectateur. La musique elle-même, discrète, sobre, parfois inquiétante, souligne le silence de cette immensité.
L’image est très belle comme celles, en clair-obscur, du mouton que Jara fait griller ou des invités autour du feu à la veillée.
Un film magnifique à ne pas manquer

Annie Jugie

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