Film de Seyyed Reza Mirkarimi – Iran – V.O. : perse –  1h25 – drame –  sortie le 07 juin 2017

Comme dans Taxi Téhéran de Jafar Panahi, nous voilà en taxi, plongés dans la circulation et les embouteillages à Téhéran.

Mais on oublie vite la circulation pour entrer dans l’histoire et la psychologie des personnages : l’avocat puant, le chauffeur de taxi mutique et cette jeune femme souffrante qui n’arrête pas de parler.

Mirkarimi nous raconte l’évolution de la société iranienne avec la remise en cause de la toute-puissance de l’homme sur la femme, sur les droits à l’avortement de cette dernière, sur le fait que les pères peuvent assister aux accouchements de leur femme…

Des dialogues qui sont le plus souvent des monologues évoquant la maltraitance des femmes, les rapports homme/femme, les souffrances et les inquiétudes d’une mère vis-à-vis de son enfant.

Moment inattendu avec des photos d’enfants nommées par la jeune femme « photos de silence » dans la salle d’accouchement (ou salle des douleurs), où on oublie, dit-elle, toutes les souffrances du monde.

Seul moment où le chauffeur de taxi se laisse aller à la parole, celui où il raconte l’épisode d’école buissonnière pour aller voir un film et la grande inquiétude manifestée par sa mère.

On est intrigué par la passivité de cet homme : pourquoi ne dément-il pas, pourquoi se laisse-t-il juger, critiquer à tort ? Il laisse les choses s’installer comme si c’était lui le père de l’enfant. Au « Que cherchez-vous ? » de la responsable du service de l’hôpital, il réplique par «Et vous, que cherchez-vous ? »

Désir d’enfant ?- attention à la souffrance de l’autre ? – Indifférence ou plutôt dépassement des jugements de valeur ?.  Il fait ce qui lui semble bon et bien de faire, sans se poser de questions, sans peur du lendemain, sans peur du jugement d’autrui. C’est ici et maintenant que tout se joue.

Au-delà du contexte, il s’agit d’un témoignage sur une société. On rentre dans une histoire universelle, pas banale, traitée de façon originale.

Beaucoup de gros plans et de cadrages depuis l’intérieur du taxi. On a deux lieux de tournage principaux : l’intérieur du taxi et les locaux hospitaliers. Les alentours permettent des temps de respiration.

Ce film en persan avec ses emprunts lexicaux à l’araméen, au grec ancien, à l’arabe, m’a ravi les oreilles.

PS : Vive les films en V.O. qui nous demandent peut-être, plus d’attention pour à la fois, lire la traduction , goûter le rythme, la musique d’une langue que l’on comprend parfaitement, un peu ou pas du tout, et découvrir la façon de filmer, de capter les images.

Sylviane Llobell

Un jour nouveau (Today) de Seyyed Reza Mir-Karimi

A Téhéran, Youness, chauffeur de taxi, aide une jeune  femme, Sedigheh, en la conduisant à l’hôpital. Sedigheh, rongée par la honte de devoir s’y présenter  seule, demande au chauffeur de l’accompagner à l’accueil de l’établissement.
Il ne se doute pas de ce qui l’attend en acceptant.

Les voilà tous les deux pris dans une situation qui leur  échappe, bousculés, malmenés, sommés de s’expliquer par le personnel de l’hôpital.

Or, et c’est tout l’intérêt de ce film, des explications le spectateur en a peu. Ni sur Youness, personnage quasi mutique, ni sur Sedigheh qui souffre et ne cesse de s’excuser.

L’important n’est pas ce que l’on dit de soi mais ce que l’on fait pour résister aux pressions, tenir bon et faire ce qui nous semble juste.

Une interprétation sobre et émouvante. Un film profondément humain, tout en retenue, qui nous accompagne longtemps après son dénouement final.

Catherine Vermorel

 

 

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